A vous tous/toutes, qui buvez du vin uniquement pour ses effets euphorisants, voici un récit qui vous fera comprendre que l’ivresse n’est pas une réaction seulement chimique ou psychologique, mais bien une forme d’empoisonnement contrôlée, et qu’il est important d’intégrer le vin dans sa vie comme un aliment agissant sur le corps et sur l’esprit autant que n’importe quel autre aliment, et que certaines combinaisons s’attirent tandis que d’autres se repoussent. Vous allez comprendre tout de suite :

J’ai une autre passion, au-delà du vin : celle des champignons. Il y a 3 ans de ça, un champignon que je connaissais vaguement de loin mais que je n’avais jamais mangé m’a été apporté par une amie de ma mère. De source sûre, je n’ai pas remis en doute la fiabilité de cette personne en matière de connaissance des champignons comestibles, et après avoir fait des recherches sur internet malgré tout, (car ça ne coûte rien si ce n’est un peu de temps) j’ai validé le fait que je mangerai ces champignons : il s’agissait de 4 coprins chevelus.

katya-austin-493886-unsplashPhoto by Katya Austin on Unsplash
Voici la bande de coupables

Ces champignons peuvent être mangés crus ou cuits, et cette amie me les avait recommandés crus en salade, ce que j’ai fait avec un filet d’huile d’olive, du gros sel de Gérande et deux tours de poivre du moulin. Ce fût un délice. Oh, accessoirement, je dois préciser qu’il me restait au réfrigérateur environ deux petits verres d’un chenin de Loire en nature, dont j’ai oublié le nom du producteur. J’ai accompagné les coprins chevelus de ces deux verres de vin, et une fois le palais satisfait, j’ai continué à vaquer à mes occupations.

Il n’a pas fallut plus de 15min avant que les premiers symptômes apparaissent : bouffées de chaleur soudaines et palpitations cardiaques. Immédiatement, je tape sur internet ces trois mots : vin et coprins chevelus. Une intuition me disait qu’il y avait un lien. Et effectivement, le premier résultat qui est apparu alors dans google fût le suivant :

http://www.pharmaciengiphar.com/nutrition/champignons/intoxications/syndrome-coprinien

J’étais victime d’un syndrome coprinien. Les effets ont augmentés pendant la demi-heure qui a suivit, en passant par les jambes faibles et fourmillantes, migraines, attaques de panique, et accès de tachycardie. Au bout de 2H, plus rien. Respectant les recommandations du site, je n’ai pas consommé d’alcool pendant un mois par la suite.

Je tire plusieurs enseignements de cette expérience déroutante :

  • Le premier est que chaque repas est une source potentielle de bienfait pour le corps et l’esprit, car tous les aliments ont un impact sur notre métabolisme. Les combinaisons d’aliments sont d’une importance capitale, et pas seulement pour le goût. Si on prend l’exemple du poivre qui augmente par 1000 les effets de la curcumine, ou cette histoire de coprins chevelus et alcool, on comprend vite que négliger les associations d’aliments, ou au contraire s’y intéresser de près, peut avoir un impact énorme sur notre bien-être physique et psychique, sur notre vie en somme.
  • Le deuxième enseignement est le suivant : le goût n’est qu’une petite partie de ce qu’est réellement un aliment, et surtout mettre le plaisir gustatif devant les bienfaits physiques et psychiques d’un aliment relève selon moi d’une incompréhension de tout ce que le fait de se NOURRIR englobe. En gros, avoir des préférences c’est une chose, mais savoir ce qui est bon pour nous et comment se nourrir correctement est une science en soi, si ce n’est un art, qui va bien au-delà du simple goût des aliments. Ceci est un clin d’œil à mes années en restauration étoilée et à tous les chefs que j’ai pu croiser et que je croise encore aujourd’hui : bien cuisiner est une chose, bien nourrir ses invités en est une autre.
  • Le troisième et dernier enseignement est que la Nature est bien mystérieuse, surtout lorsqu’on considère les choses comme acquises. A chaque instant, une erreur ou un faux pas peut tout faire basculer, et notre « grand » savoir n’est alors plus d’aucune utilité face à la fragilité du corps humain. Et pourtant, le monde continue de tourner, malgré son impermanence caractéristique. Ce mystère, cette curiosité, est une des facettes qui selon moi rendent la vie bien…belle.

Voilà pour cette leçon, en espérant qu’elle pourra servir à certain(e)s d’entre vous qui comme moi êtes fans de vin…et de champignons !

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