J’étais en pleine réflexion sur le sens profond de la vie récemment (j’étais captivé par une tâche sur le mur en louchant et en me rongeant l’ongle du pouce), et soudainement, j’ai eu une révélation, la 8ème de la journée : nous avons une chance inouïe de pouvoir goûter des vins mauvais.

Je m’explique : en tant que pauvre, je ne peux me permettre d’acheter des vins au-delà de 10€ la bouteille. Ce qui ne m’empêche pas de boire des vins excellents soit-dit en passant. Mais en tant qu’ancien sommelier, j’ai eu auparavant accès à TOUS les vins les plus chers du monde pendant plusieurs années (Hiahaaa, et j’y suis allé gaiement, je passais littéralement mes journées et soirées à tout goûter. Là c’est juste que je suis pauvre car je suis auto-entrepreneur. Pléonasme).

Bon bref récemment j’étais invité à une soirée lambda, et la personne qui était sensée apporter le vin n’a pas vraiment de connaissances dans le domaine économique et politique (vous noterez que je n’ai pas dit dans le domaine du vin…), et a apporté un rouge modifié aux OGM et pesticides avec tanins en poudre et restes de bouillies bordelaise sur le goulot. Moi je n’avais rien ramené car j’avais préparé une salade de lentilles. Hé bien figurez-vous que ce poison, je l’ai bu (rappelez vous, je suis pauvre, et je fais donc des soirées de pauvres, avec comportements de pauvres).

Le lendemain, alors que je regardais cette tâche sur le mur avec une certaine colère face au système qui me pousse à devoir ingurgiter des choses inacceptables (lorsqu’on ne connait pas la cause de ses soucis, toujours choisir de blâmer le système en premier, c’est le choix le plus flou et donc le plus facile), figurez-vous que soudainement quelque chose de surprenant s’est passé : la gratitude m’a envahie. J’étais enveloppé d’un forme de bien-être associée à une envie de remercier tous les vignerons et toutes les vigneronnes du monde, et même de planètes plus lointaines, sans distinction de qualité par rapport à ce qu’ils/elles produisent ni de choix politiques, stratégiques ou même éthiques.

A ce moment là, je me suis quand même calmé et j’ai pensé : attention Dédé. At-ten-tion, DÉ-DÉ. Tu étais dégoûté de ta propre personne il y a quelques instants, tu en as vu d’autres et d’habitude tu ne te laisses pas avoir facilement, et là soudainement tu baignerais dans l’amour inconditionnel et tu serais prêt à cautionner n’importe quelle pratique viti-vinicoles sous prétexte que tu ressens la gratitude au fond de ton être. Tu es peut-être en surmenage. Ou alors c’est l’effet des tanins en poudre. Reprends-en.

Puis, en fixant plus intensément la tâche sur le mur, métaphore de mon être intérieur et objet de concentration de mon esprit troublé, j’ai cherché à déceler le vrai du faux dans ce sentiment enveloppant et venu de nulle part. Et la réponse s’est présentée d’elle-même : Michael Jackson cherche à me contacter :

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Photo by Janeb13 on pixabay
Hachi ouazmo laqueu biouli qouine, FWOMEU MOUVI SINE !!

Non je rigole, plus sérieusement, j’ai compris ce que cela voulait dire : dans tout domaine, il y a du bon et du mauvais, du vrai et du faux. La lumière éclaire l’ombre, et sans l’ombre la lumière ne pourrait être. De la même façon, boire des vins mal faits, mauvais, irrespectueux du corps et de l’esprit, représente l’ombre que la lumière des vins vrais illumine.

Il faut comprendre les défauts du vin pour pouvoir apprécier à leur juste valeur les vins ayant reçu beaucoup d’amour, de travail, de savoir-faire, de questionnements, joies et peines. Il faut goûter aux piquettes pour ensuite pouvoir les critiquer, les vomir sur son blog, afin d’aider ceux et celles qui les ont produites à s’améliorer, lâcher leurs idées égocentriques et capitalistes de ce qu’est le vin et leur permettre de voir au-delà du vin qui rapporte, du vin profit. Et cela permet d’apprécier d’autant plus les vignerons et vigneronnes qui ont fait des choix à contre courant, dans la difficulté parfois, et qui maintiennent leur cap envers et contre tout ce qui pourrait nuire à leur envie de RESTER DANS LE VRAI !

Ma gratitude aujourd’hui va vers vous, producteurs et productrices de piquettes infectes et gustativement énervantes : vous me permettez de vous attaquer à juste titre sur ce blog, avec arguments à la clé, et ça, ça n’a pas de prix.

(Et encore ça reste raisonnable, pour l’instant la pire attaque que j’ai utilisée c’est le mot « piquette ». Mais j’en connais d’autres, attention. Je peux vous faire honte).

Quand je serai grand, j’aimerais que tous les vignerons et vigneronne du monde se tiennent la main un jour et fassent une grande ronde autour de la terre en chantant « Franky goes to Hollywood« , avec une feuille de vigne comme unique appareil. Et que les tanins en poudre soient légalisés dans la catégorie stupéfiants.