Vous avez aimé la première partie, voici la suite. nous allons rentrer ici plus en détails sur ce qui provoque ce fameux phénomène « d’ivresse du thé », comment il apparaît, et surtout comment il est utilisé !

« Cha Zui » (茶醉, “l’ivresse du thé »), c’est le nom donné à ce phénomène en Chine. Dans un premier temps, il s’agit de bien définir de quoi nous parlons. Car, comme pour le vin, il existe différentes formes d’ivresse en ce qui concerne le thé (en ce qui concerne le vin, nous y reviendrons dans un prochain article). Plus précisément, nous parlerons de différents « degrés » d’ivresse. Voici leur description détaillée :

  • Le premier degré est un état de relaxation assez soft, plutôt léger et aérien, sans lâcher prise spécifique.
  • Le deuxième degré est lié à la concentration, et nos facultés mentales sont ici accrues, avec une certaine clareté d’esprit assez décelable.
  • Vient ensuite l’état d’euphorie passagère, avec un élan créatif prononcé, qui marque une consommation déjà importante de thé concentré en composants actifs.
  • Et cela continue : après l’euphorie, et quelques tasses de plus, s’installe alors ce qu’on appelle le « high« , état bien connu des consommateurs de cannabis. Dans cet état, euphorie et relaxation s’associent, et la concentration du début s’efface pour laisser place à un facteur supplémentaire : la sensation physique de « planer« .
  • Enfin, pour terminer ce voyage mystique, il est possible d’atteindre un dernier état (avant de se transformer en théier pour de bon) : le « trip« . Oui, vous avez bien lu, nous ne parlons toujours pas de LSD mais bien de thé… Cet état de trip peut être atteint en buvant de grandes quantités d’un certain type de thé : les thés blancs viellis, provenant de vieux théiers agés (les Gushu).

Maintenant que vous connaissez les différents effets et degrés d’ivresse, nous allons à présent nous pencher sur les composants du thé qui interagissent avec notre corps et nos neurones (rappelez-vous, le cerveau n’est pas le seul organe à contenir des neurones…), et pour finir quels types de thés sont à privilégier pour rechercher un bon Cha Zui.

oriento-744193-unsplashPhoto by 五玄土 ORIENTO 王杉 on Unsplash

Voici donc la liste des 4 composants contenus dans une feuille de thé, et qui nous intéresseront principalement : la caféine, la théanine, les molécules GABA, et la catechine.

  • La caféine nous apportera ce côté énergisant, éclairant, bien connu des buveurs de café. C’est le même effet pour le thé, mais son association avec les tanins contenus dans les feuilles de thé rendent la caféine moins agressive que dans le café, d’où cet effet plus « éclairant ». La caféine aide aussi le sang à circuler dans le corps, ce qui permet aux autres molécules contenues dans les feuilles de thé d’être bien acheminées.
  • La théanine est une molécule présente presque exclusivement dans cette plante qu’est le thé, et son rôle est de transporter la molécule GABA, que nous allons examiner.
  • Le GABA est une molécule favorisant la relaxation, et surtout ayant une action de stimulation des ondes Alpha du cerveau, créant cet effet méditatif, alerte et créatif bien connu des pratiquants de méditation par exemple. Il y a des controverses quant à l’idée que les molécules GABA puissent traverser les barrières cellulaires du cerveau, mais il est certain que le système digestif les inocule dans le corps.
  • La catéchine est un puissant antioxydant, et a été reconnue pour ses capacités à se lier aux recepteurs CB1 et CB2 dans le cerveau, qui ne sont ni plus ni moins que les recepteurs de…canabinoïdes. Ce qui explique cet effet « high » ou « stone », que connaissent les consommateurs de cannabis.

Voilà pour les principaux composants acteurs du Cha Zui ! Maintenant, nous allons nous pencher sur les types de thés les plus propices à l’ivresse, car même si tous les thés contiennent les composants cités plus haut, tous ne contiennent pas les mêmes proportions.

Les thés les moins gorgés en principaux actifs sont en fait les thés noirs et les Oolongs fortement oxydés; Ceci est dû au fait que le phénomène d’oxydation enzymatique total ou presque total des feuilles de thé va agir sur les composants et les modifier.

Et donc, les thés les plus gorgés en principes actifs seront les thés ayant subi le moins d’oxydation : les thés blancs, les thés verts et les Pu Erh. Plus précisément, le Matcha et le Gyokuro, qui sont deux thés verts japonais bien particuliers, sont vraiment des bombes à Cha Zui, et ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le matcha est utilisé pour pratiquer le Cha-no-yu, la cérémonie du thé, pendant plusieurs heures…

jason-leung-609290-unsplashPhoto by Jason Leung on Unsplash
Préparation d’un thé Match dans un bol en verre, avec le Chasen, fouet en bambou traditionnel

Mais il y a un autre facteur qui entre en jeu : le vieillissement. Il a été mentionné plus haut que les thés blancs vieillis avaient un certain pouvoir particulier… C’est le cas aussi des Pu Erh Sheng viellis (sheng=crus, opposés à Shou, cuits). Lorsque ce thé vieillit, la plupart du temps sous forme de galettes, il se crée lors de ce processus une harmonisation des principaux actifs qui le composent, et cette harmonisation va renforcer certains aspect du thé comme sa capacité à favoriser la concentration, ou l’euphorie, et parfois même à l’apparition du « high », voire du « trip »… Intrigant n’est-ce pas? C’est le vin des anges…

Enfin, pour faire un lien avec le vin que tout le monde pourra comprendre, un dernier facteur serait lié à cette palette d’éléments déclencheurs du Cha zui. Il s’agit de l’âge des théiers, et de leur capacité à rendre le thé plus minéral (vous devez tout de suite penser aux vins ‘vielles vignes » !). Ces vieux théiers, comme les vielles vignes, ont des racines si profondes qu’ils peuvent aller puiser les minéraux loin dans la terre et les redistribuer aux feuilles, qui seront bues ensuite par les amateurs et amatrices de ce breuvage. Ensuite, le processus de réaction avec les minéraux du corps évoqué dans cet article se mettra en route… et favorisera l’apparition de changements d’état de conscience.

Voilà, vous savez tout maintenant sur ce phénomène si bien connu en Chine du Cha Zui, mais totalement inconnu ou presque en Occident. Pour rappel, la raison principale de ce manque de connaissance est tout simplement le fait que les thés que nous buvons en Occident sont malheureusement de très (très) mauvaise qualité comparé aux thés consommés en Asie. Pour vous donner une idée, les thés en sachets (et même en vrac pour la plupart) ressemblent plus à des miettes pesticidées et lavées de tout bienfait pour le corps et pour l’esprit, et une seule feuille de vrai thé d’origine cueillie sur un théier millénaire suffirait à apporter autant de bienfaits que 3 à 4 sachets de thé industriel…sans les effets négatifs.

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