« Notre incapacité à satisfaire nos besoins collectifs résulte plus d’un manque de créativité que d’un manque de ressources. » Marshall Rosenberg, créateur de la CNV (Communication Non Violente).

Lorsque je pense à cette phrase, me vient à l’esprit très clairement deux scènes : d’un côté le vigneron seul sur son tracteur dans son immense vignoble, pesticidant à outrance ses pieds de vigne en pensant au rendement qu’il obtiendra cette année; Cet homme est seul sur son tracteur, mais il est aussi seul dans sa vie, même si en apparence il peut être entouré. Son vin se vend mais son goût n’inspire rien. C’est un vin sans âme. Il ne sait pas satisfaire les besoins collectifs. Je caricature?

La deuxième scène est celle d’un vigneron seul au milieu de son petit vignoble, taillant ses vignes à la main en sifflotant, pensant à toutes les personnes qui pourront se délecter de son vin cette année, même s’il a peu de bouteilles, mais qu’importe : il ira aider ensuite son voisin qui lui a prêté ses outils pour produire son vin a lui, aussi en petites quantité, mais toujours de bonne qualité. Et des petite quantités plus des petites quantités, ça fait des grosses petites quantité, et beaucoup de partage, d’entraide et de convivialité. Cet homme sait satisfaire les besoins collectifs. Je vis dans le monde des bisounours?

val-vesa-624638-unsplashPhoto by Val Vesa on Unsplash

La première attitude résulte d’une vision trop intéressée du vin. La conséquence est que l’intérêt personnel d’une seule personne est mis en avant au détriment du plaisir et de la santé de nombreux consommateurs et consommatrices. Cette vision est selon moi clairement liée au manque de créativité cité dans la phrase de M.Rosenberg. Mais pas seulement.

La deuxième vision relève pour moi d’un esprit créatif et vif qui a compris le fonctionnement de l’entraide et du partage. Mais pas seulement.

Je crois que la première et la deuxième vision, si elles sont opposées en termes de compréhension et de perception du monde qui les entoure, ne se limitent pas à la seule différence de qualité de production de vin respective à ces deux vignerons, ou vigneronnes. Je crois que cela va plus loin : la première vison est violente, tandis que la deuxième est non-violente. La première est prédatrice, la deuxième bienveillante, et altruiste. La première est finalement réactive, et la deuxième créative.

ces analyses peuvent sembler pour certain(e)s un peu tirées par les cheveux, et pourtant, si j’utilise ces mots forts, c’est pour la raison suivante : ces deux visions résultent, en définitive, de choix conscients et d’une compréhension de leurs enjeux de la part des deux vignerons respectifs. Et c’est là où je crois qu’il est important d’être lucide sur le fait que la violence entre en jeu dans la première attitude. Ne pas considérer l’impacte de nos action sur autrui et nier l’interdépendance, dans le but d’assouvir nos propres besoins personnels est une forme d’indifférence aux conséquences malheureusement souvent destructrices.

Ici, c’est donc l’information qui jouera un rôle très important dans la lutte contre l’étendue de ce genre d’attitudes : se faire les journaliste de ce qu’on estime être juste et éthique. Car, malgré tous les efforts possibles, le pouvoir du vigneron seul sur son tracteur peut détruire les bonnes intentions d’un vigneron qui ne joue pas selon les mêmes règles, et qui ne se bat pas avec les mêmes armes. Car lui ne se bat pas, tout simplement : il créé.

forrest-cavale-1738-unsplashPhoto by FORREST CAVALE on Unsplash

Lorsque nous goûtons les vins de ces deux personnes, que ressentons-nous? Nous sommes-nous déjà sentis méprisés par un vin? Y avons-nous déjà goûté de l’indifférence? Ou au contraire nous sommes-nous déjà sentis respectés par un autre vin? Personnellement, oui. Le vocabulaire qui me vient parfois naturellement lorsque je déguste certains vins est souvent, spontanément : « Je ne me sens pas respecté par ce vin ». Ou au contraire : « Je me sens compris par ce vin ».

Au-delà des notions d’arômes, de texture, d’équilibre ou d’origine, il y a cette dimension dans certaines bouteilles qui ne nécessite pas forcément de description précise. Juste ce petit commentaire : « Il y a du respect dans ce vin ».

Si la dégustation est une forme de communication, alors le message reçu (ici le vin) doit contenir une vérité et une forme de respect certaine, sinon il n’est pas propre à être reçu.

Enfin, si le message est non-violent, et que la dégustation est abordée comme un art, à ce moment-là nous ne dégusteront plus du vin…

… mais nous pourrons alors goûter des secrets.

 

 

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