Il existe un fait social ayant trait à la consommation du thé qu’il semble bon d’analyser : la France serait le seul pays au monde où boire du thé serait perçu comme une activité typiquement féminine. Source : Jean Montseren, dans son « Livre du Thé ». En lisant cela, j’ai d’abord été surpris, puis cela m’est effectivement apparu comme une évidence. En France, le vin est un « truc d’hommes », et le thé est réservé aux femmes. Tout ceci bien sûr dans l’inconscient collectif, et avec les exceptions qui permettent de ne jamais tomber dans la généralisation excessive.

Cela porte à réfléchir. Qu’associons-nous de féminin dans cet acte partagé par plusieurs milliards de personnes, hommes et femme, chaque jours dans le monde? Serait-ce le geste? L’attitude? Le fait de converser entre amis? Je pense que beaucoup d’hommes en France boivent du thé, mais ce que je crois, c’est qu’encore trop peu d’homme prennent le temps de boire le thé entre amis, pour discuter, échanger, s’ouvrir. Cela se fait autrement. Ou pas du tout.., Quoiqu’il en soit, il semble vrai que l’image de gentlemen anglais partageant une tasse de thé dans un salon, ou celle d’un groupe d’hommes chinois buvant dans des petites tasse autour d’une bouilloire en fonte dans une traditionnelle tea house, ne colle pas à la représentation d’une scène typiquement française de rassemblement masculin.

hiva-sharifi-473606-unsplashPhoto by hiva sharifi on Unsplash

Est-ce regrettable? Ou au contraire est-ce une preuve de virilité assumée et bien intégrée? Aucun des deux. Je crois que, même si le thé n’est pas la boisson traditionnelle française, ce qui est tout à fait acceptable, le rassemblement des hommes s’est fait et se fait aujourd’hui traditionnellement autour de l’alcool en France. De nombreux poètes, écrivains, défenseurs de la cause sociale et autres ont utilisé le feu de l’alcool pour transporter leurs pulsions créatrices. Et le monde aujourd’hui reconnait ce talent français. Que ce soit l’absinthe, le vin, le pastis ou autres, ces boissons ont été les compagnons d’hommes libres et créateurs.

Pourquoi cette image de féminité autour de la tasse de thé donc? Peut-être parce que le feu de l’alcool n’offre pas ce qu’offre naturellement la liqueur de thé : la douceur. Et l’homme qui connaît mal la douceur l’associe automatiquement à la féminité, qu’il connaît forcement encore moins, car il en a peur.

Les hommes qui se rassemblent autour d’une boisson douce comme le thé ne sont peut-être pas tous en phase avec leur féminité, mais en tous les cas ils ont accès à la douceur. L’image de touaregs partageant le thé à la menthe, ou de nomades russes autour d’un beau Samovar, me font naturellement penser à un moment de paix.

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Maintenant, il est vrai que le vin joue le rôle de symposium lorsqu’il est consommé dans le but de faire ressortir les pulsions violentes et les exorciser. L’idéal serait donc de savoir faire l’un et l’autre, dans une danse purgatoire et régénératrice, en alternant la vie sociale du vin et celle du thé, dans leurs rituels respectifs.

Le dieu du vin et la déesse du thé chercheraient-ils à dialoguer à travers nous?