Selon Jean-Paul Desroches. « Le vin et l’alcool caractérisent le monde lettré, celui des poètes et des musiciens, c’est l’ivresse, alors que le thé caractérise le monde bouddhique, celui des monastères, c’est la sérénité. »

La curiosité de l’Orient pour la culture Occidentale, et vice-versa, semble aujourd’hui atteindre son paroxysme, à l’heure où le monde est plus connecté que jamais. À l’époque de Wang Fu (618-907) et son célèbre « Dialogue du Thé et du Vin », les deux protagonistes/boissons s’affrontent dans une mise en scène légère pour savoir qui serait à l’origine de la création du monde, départagés par l’élément eau qui leur explique que sans lui, aucun des deux n’existerait. Puis aujourd’hui, thé et vin sont réunis dans les plus grands restaurants du monde entier, où les amateurs peuvent maintenant apprécier les diversités de ces deux breuvages, sur des accords orient/occident parfaitement maîtrisés. De nombreuses avancées ont eu lieu, et ces rapprochements ont nécessairement des impacts plus ou moins importants sur notre vision du monde, notre quotidien, ainsi que nos perspectives d’avenir.

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L’art de la dégustation du thé

Maitre Tseng, célèbre dégustatrice de la maison des trois thés à Paris dans le 5eme arrondissement , s’exprime: « La science du thé survit mal à une culture qui valorise les sens mais se fiche bien de les développer, toujours en recherche de choses flatteuses, de saveurs faciles et en surface ». Elle se serait établie en France dans l’espoir que dans ce pays où l’art de la dégustation est forgé depuis des siècles, les Français habitués aux produits de bouche noble sauront valoriser la diversité et complexité de goût qu’offre sa boisson favorite. De leur côté, des sommeliers tels que Philippe Faure-Brac (meilleur sommelier du monde 1992), pour n’en citer qu’un, cherchent à développer toujours plus leur palais en s’entraînant sur des vieux Pu-Erh millésimés, et ce car les arômes du thé dans la tasse évoluent beaucoup plus vite que ceux du vin dans le verre. Cet exercice force la discipline de la dégustation, et développe une meilleure appréhension des deux produits de terroir.

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Le rapprochement de deux cultures

Le thé et le vin ont énormément en commun, tout comme ils ont des différences, et s’éduquer à la dégustation et l’histoire de l’un permet de mieux comprendre l’autre. C’est vrai pour ces deux breuvages aujourd’hui et cette belle réunion permet d’élargir considérablement le champ de vision de chaque culture. C’est aussi, selon moi, une belle preuve d’espoir entre le rapprochement de civilisations aux traditions millénaires, et il semble que nous n’en soyons qu’aux débuts. C’est pourquoi je pense que nous pouvons observer avec intérêt la fusion de deux cultures si différentes, mais à la fois si riches d’enseignements.

Sauvegarder des savoir-faire ancestraux, tout en améliorant les techniques et par la même occasion notre compréhension d’où nous venons, et où nous allons, voilà ce que le vin et le thé ont en commun à offrir. Rendons-leur hommage comme il se doit.