« Remplacer la vie par une représentation, faire de celle-là une spectatrice d’elle-même, implique un appauvrissement de l’humain. » Guy Debord dans La Société du Spectacle.

La culture des marques n’est pas une culture au sens strict, c’est une chose entièrement différente. Le vin est sujet aux marques, et comme toute chose sujette aux marques, il est sujet au luxe. Pas seulement à travers les GCC du bordelais, auxquels nous pouvons penser immédiatement. La culture des marques dans le monde du vin, en France comme à l’étranger (je pense ici en premier à la Californie, mais par extension à tous les pays producteurs du Nouveau Monde), au-delà de simplement standardiser le vin, ce qui est regrettable déjà, va jusqu’à l’appauvrir, ce qui est simplement triste.

Le vin n’est plus, dans la sphère des marques, qu’une représentation figée de l’énergie vitale véhiculée par cette boisson. Le spectacle des immenses exploitations viticoles n’est plus qu’une fenêtre sur l’égo, celui de richissimes exploitants offrant au peuple leur dose de divertissement coupé de tout intérêt pour ce qui fait réellement une culture, celle millénaire du vin ici en l’occurrence.

Considérons ce fait un instant : 1000 hectares de vigne donnant un seul vin standardisé, dirigé par un seul exploitant, si ces 1000ha étaient répartis en 500 exploitants de 2 hectares chacun, qu’est-ce que cela donnerait? 500 vins différents. Certains bons et d’autres moins, mais surtout 499 possibilités de plus de laisser la créativité de l’être humain s’exprimer, et de laisser le partage s’installer entre ce nouveau groupe de vignerons/vigneronnes voisins et partageant la même passion, le tout en offrant des vins à un prix raisonnable. Cette utopie d’apparence naïve est pourtant bien logique et réaliste, et aucun problème de logistique ne pourraient être mis en avant pour la remettre en cause, si ce n’est au final des problèmes…d’ego.

La culture-monde, au lieu de promouvoir l’individu, le crétinise en le privant de lucidité et de libre arbitre, et l’amène à réagir devant l’apparente « culture » régnante de façon conditionnée et grégaire, en le faisant acheter et produire des biens de consommations de masse sans éthique ni personnalité, sans partage ni histoire.

Le vin mérite-t-il d’être embarqué dans le changement culturel ambiant, ou devra-t-il être réservé à une élite, celle des résistants et résistantes à la transformation totale des anciennes valeurs durables en valeurs immédiatement accessible et jetable? Ou pire, sera-t-il un jour réservé à l’élite des classes sociales? Le vin peut-il en effet résister à l’immense fossé qui se creuse toujours plus entre les plus riches et les plus pauvres, tout en s’offrant au plus grand nombre à travers la standardisation et la domination du marché des marques? Se pencher sur le sujet en devient schizophrénique.

Donc pour revenir au titre, quel rapport avec les hémorroïdes? Il n’y en a pas; Mais je tenais à vous dire que le vin n’aggrave pas les hémorroïdes, au contraire il les soulage, selon cette source (dans la section « prévenir les hémorroïdes). Tout ça grâce aux flavonoïdes contenus surtout dans le vin rouge. Vous vous rappelez, à une époque le vin était un médicament, et il a même été prescrit par les médecins jusqu’à la fin du… 20ème siècle.

Mais pour certain(e)s, les données scientifiques d’aujourd’hui valent bien mieux que tout ce savoir empirique et intuitif de gourous et magnétiseurs bons à rien. Le vin est fait pour divertir ! On veut du spectacle ! Donnez-nous du pain, du vin et des jeux, on en fera des marques et on enrichira une poignée d’êtres humains tout en blâmant le reste de ne pas être assez dans la compétition. L’ironie de ces propos n’est en rien défaitiste : elle est « seulement  » observatrice.

Le vin est (presque) mort. Vive le vin, tant qu’il le peut encore.

Le vent du changement à peut-être déjà soufflé.