Le principe du Yin et du Yang est très présent dans la médecine traditionnelle chinoise (MTC) en ce qui concerne l’équilibre des forces et des énergies de la nature, et de la vie elle-même. Cette approche se retrouve aussi bien dans la façon de comprendre ses émotions, son côté masculin et son côté féminin, jusqu’à notre façon de nous nourrir.

Il se trouve qu’en termes de nutrition, les aliments sont classés dans la MTC selon leur aspect plus Yin ou plus Yang. Ici, ces deux termes se réfèrent respectivement à l’aspect refroidissant d’un aliment (Yin), ou à son côté réchauffant (Yang). Il est même possible d’aller un peu plus loin en les classant dans des sous-catégories : refroidissant-alcalisant, et réchauffant-acidifiant. Et inversement.

Pour vous donner quelques exemples, les légumes sont classés dans la catégorie refroidissants, donc Yin, et la viande va dans les produits réchauffants, Yang.

Il paraîtrait que plus on avance en spiritualité, plus notre besoin de se nourrir de produits alimentaires Yang diminue. Jusqu’à atteindre un point, dans notre cheminement, où notre corps-esprit n’en a tout simplement…plus besoin.

mohamed-nohassi-229698-unsplash.jpgPhoto by Mohamed Nohassi on Unsplash

Alors, le vin est-il un produit Yin ou un produit Yang?

Et la réponse est… Yin ! Hé oui, le vin, comme tout alcool selon la MTC, est un produit qui refroidit le corps. Vous pensiez le contraire? En dilatant les vaisseaux sanguins à la surface du corps, il permet à la chaleur corporelle d’être rejetée à l’extérieur. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles une couverture de survie est mise par les secours sur les personnes retrouvée ivres allongée dans la rue ou dans les festivals de musique pour citer un exemple bien connu. Selon l’ANPA (Aide Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie), la chaleur corporelle diminue d’un demi degré pour 50g d’alcool consommé.

Mais attention, perdre de la chaleur corporelle n’est pas forcément un problème en soi. Car, comme nous l’avons vu en début d’article, lorsque nous parlons de Yin et de Yang, nous parlons surtout… d’équilibre.

Comment équilibrer le Yin du vin?

C’est là où la sommellerie et la Médecine traditionnelle chinoise ont beaucoup à partager ! Car si l’art de la sommellerie consiste entre autres à accorder les mets et les vins selon des principes gustatifs d’harmonie et de plaisir des sens, la MTC, elle, fait exactement la même chose, mais se base sur… les énergies ! Yin, froides, et Yang, chaudes. Alors, qu’est-ce qu’un accord Yin/Yang réussi?

Hé bien par exemple, dans la liste des mets classés Yang, nous trouvons le fromage. Le vin étant Yin, un accord Yin/Yang réussi sera donc une bouteille de vin avec un plateau de fromage ! Élémentaire, mais ça va mieux en le disant, n’est-ce pas?

Le sel étant un produit Yang par excellence, des noix, amandes ou cacahuètes salées feront parfaitement l’affaire avec un vin blanc très Yin, surtout s’il est servit frais ! À noter, les noix font partie des aliments classés entre le Yin et le Yang. Car il est vrai qu’un aliment, et même un vin, n’est jamais que Yin ou Yang. Il tend fortement vers un des deux côté, mais il possède malgré tout une dimension de l’autre. Certains aliments sont entre les deux, comme les noix citées précédemment, mais aussi les céréales par exemple. Nous parlions aussi plus haut d’aliments Yin-acides ou Yang-alcalin, et inversement. Le vin, en vieillissant, acquière justement une dimension légèrement plus Yang que les vins jeunes, qui sont Yin (vous suivez?). C’est pourquoi nous pouvons jouer sur les accords mets et vins en ayant ces données en tête, afin de pouvoir aller au-delà de l’accord gustatif de base axé uniquement sur le plaisir des papilles. Des accords Yin-Yin ou Yang-Yang sont aussi possibles, mais il paraît qu’ils sont réservés aux experts…

Les aliments Yin primaires, non transformés et non cuits comme les légumes crus et le vin, sont connus dans la MTC pour faciliter l’expansion de la conscience, ainsi que la sensibilité au divin, au sacré. Cela nous ramène à l’histoire de ces moines taoïstes qui recherchaient la vie éternelle à travers la consommation quotidienne de vin, et uniquement de vin. Ayant senti la force Yin de ce breuvage, ils cherchaient à se reconnecter au sacré en tentant d’élargir leur conscience grâce au Yin. Cela ne vous rappelle rien?

Les Grecs, à travers le Symposium (rituel de lâcher prise comprenant des jeux de société et une consommation importante de vin) consommaient beaucoup de vin associé à des aliments crus tels que le raisin frais, les fruits et le miel. Des épices ainsi que de l’eau étaient ajoutées au vin pour le couper, et les épices sont connues dans la MTC pour rendre les aliments plus Yin (sauf certaines épices spécifiques), et  l’eau, elle…est Yin par nature ! Ressentaient-ils différemment ce que la médecine traditionnelle chinoise exprimait déjà à cette même époque, avec son langage propre à elle?

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L’immortel ivre, par taositmeditation.wordpress.com

De nos jours, et particulièrement en Occident, les aliments et les boissons sont plutôt choisies et consommées pour leur goût. Et cela reste une forme d’appréciation empirique du Yin et du Yang des aliments. Encore faut-il avoir le palais développé ou un minimum entraîné, et surtout préservé de certains aliments transformés à outrance qui peuvent littéralement le détruire…

D’où l’intérêt de se former à l’art de la dégustation, et surtout de s’informer au maximum sur la façon dont l’industrie alimentaire fonctionne, afin d’éviter ses travers… et pour pouvoir conserver un palais toujours réceptif !

Si vous souhaitez en savoir plus sur le savoir des moines par rapport au vin, c’est ici.

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