Si vous lisez cet article en 2019, il est une chose dont vous devez déjà avoir entendu parler, et si ce n’est pas le cas, maintenant ce sera chose faite : il s’agit de l’imprimante 3D. Cet outil serait si révolutionnaire que certain(e)s s’autorisent aujourd’hui à penser qu’il pourrait être à l’origine d’une nouvelle civilisation humaine. Il est donc intéressant d’essayer de voir si le vin pourrait être impacté par cette révolution.

L’imprimante 3D est un outil qui permet d’imprimer des objets en 3 dimensions. Voilà. Des prothèses de jambes en passants par des violons imitant le modèle stradivarius, il semble que seule l’imagination soit la limite dans les possibilités de création. Une maison a même été réalisée en Chine uniquement grâce à l’imprimante 3D ! Mais ça ne s’arrête pas là. Car là où le vin est concerné, c’est que de la NOURRITURE peut être créée en utilisant cette technologie… Oui, là, ça devient du lourd.

Sauf que, en théorie, ça fait rêver (enfin pas tout le monde…), mais en pratique, ça ne marche pas forcément sous l’intervention du Saint Esprit : il faut toujours ajouter les ingrédients dans l’imprimante pour qu’elle les transforme en nourriture « imprimée ». Plus d’explications dans cette vidéo :

Maintenant, que se passerait-il si nous pouvions ajouter les « ingrédients » du vin, c’est à dire des raisins et des rafles par exemple, pour créer un vin sur-mesure? Hé bien ça ne marcherait pas ! Car encore faudrait-il que le vin fermente. Et puis ensuite les pratiques qui demandent du temps et de la patience, comme élever le vin en fûts de chêne par exemple, ne pourraient pas être « rajoutées » au produit. Hé oui, on a beau s’acharner à essayer de toujours gagner plus de temps, toujours accélérer, toujours réduire le travail de l’Homme, mais il y a des choses qui ne fonctionnent qu’en relation avec le RYTHME de la NATURE. Et ce rythme, qui est présent dans la Nature, est présent en nous aussi. C’est pourquoi lorsque nous goûtons du vin, c’est la vie que nous dégustons, car nous communiquons respectivement avec le rythme naturel et notre propre rythme biologique. Et accélérer le rythme de toutes choses n’est pas forcément ce que nous voulons accomplir.

Il faut savoir que l’imprimante 3D en est encore à ses prémisses, et il n’est pas impossible que des améliorations futures lui permettent de réaliser des choses encore inconcevables pour nos esprits aujourd’hui. Mais en attendant, n’avons-nous pas plus à gagner à chercher à sauvegarder nos acquis, plutôt qu’essayer d’améliorer constamment la manière de créer? Lorsque le technologie ne saura plus soutenir l’avancée de la civilisation, que restera-t-il de notre savoir ancestral si cette technologie aura remplacé le savoir acquis par l’observation et l’expérience? Peut-être bien des miettes…

Il semble que certains vigneron(ne)s et œnologues aient pour projet d’améliorer constamment la qualité gustative du vin qu’ils produisent. Et comme les techniques et savoir-faire déjà acquis ne semblent par leur suffire, ils se tournent vers la technologie, afin de palier à ce qu’ils estiment être des « manquements », des « problèmes » ou des « besoins d’amélioration ». Tandis que, face à eux, d’autres vignerons et vigneronnes se contentent des techniques simples acquises à travers les siècles, et même les millénaires. Pour produire du jus de raisin fermenté, tout simplement. Un peu comme le fait la Nature elle-même, mais en se contentant cette fois de la guider.

Je crois personnellement qu’aujourd’hui, l’intérêt se situe au moins autant dans la (re)découverte d’un potentiel déjà présent en nous, plutôt qu’uniquement dans l’invention de technologies extérieures à nous-mêmes toujours plus performantes. C’est le cas pour l’être humain, mais aussi pour le vin, en tant qu’allier de la santé, physique et spirituelle. L’humoriste Blanche Gardin résume très bien cette idée en parlant de façon comique… de la mort, en réaction au concept moderne de cryogénisation :

« C’est important la mort pour la vie. C’est parce qu’on a l’idée de la mort dans la tête tous les matins qu’on peut se lever en se disant que toutes nos emmerdes auront un jour une fin. Si on avait la certitude que toutes nos emmerdes sont éternelles, on aurait envie de se flinguer tous les matins, et on ne pourrait même pas ! C’est pour ça que je pense qu’il y a une limite au progrès. Vous allez me traiter de réac’, je m’en fous, la mort ça fait partie des trucs qu’il faut garder ».

Hé bien de la même façon, je crois que c’est important le savoir ancestral pour le vin, et que ça fait partie des « trucs qu’il faut garder ». Mon propos ici est que lorsqu’un système fonctionne, il est inutile d’essayer de trop le parfaire, car le danger serait alors de l’entâcher. Le progrès à des limites, et lorsqu’un système offre un résultat satisfaisant, sur la durée et à travers les cultures et civilisations, c’est que ce système est suffisamment abouti. Celui du vin l’est depuis longtemps, peut-être même depuis sa « découverte », et plutôt qu’essayer de perpétuellement l’améliorer, il peut être plus judicieux de suivre les évolutions annexes comme celle du climat, ou de la société, pour ajuster notre consommation à ces niveaux, et non tenter de changer le système naturel du vin offrant déjà tout ce qu’il faut.

Votre avis m’intéresse, partagez-le dans les commentaires !

Et n’oubliez pas de vous abonner à ce blog si vous avez aimé cet article.