Cette question m’a été posée sur un site internet axé sur la sociologie, dans la catégorie « vin »; J’ai ressenti une certaine malice dans la question, et voici ma réponse :

« Question très intéressante et je vais tenter de vous répondre le plus honnêtement possible, avec mon expérience de sommelier :

La réponse est non, sauf dans un cas précis : si vous êtes sommelier ou sommelière, c’est à dire si vous devez faire croire à vos clients que le vin peut être autre chose que du jus de raisin fermenté, et que cela peut leur donner accès à une expérience transcendantale.

C’est la réponse personnelle à une quête de plus de 10 ans que j’ai menée dans des restaurants étoilés très prestigieux, à goûter et regoûter, étudier, partager, écrire des articles et dépenser des sommes astronomiques dans le vin à ne presque plus être capable de payer mon loyer… et tout ceci en courant après des chimères.

Le vin cher a été inventé, comme beaucoup d’autres choses, par le luxe et la course à l’ascension sociale. Le message des hommes et du terroir dort dans tous les vins bien faits, vendus à des prix raisonnables : entre 5 et 70 euros la bouteille. Je dirais même mieux : entre 5 et 25€. Un vin ne peut coûter plus de 60€ à produire (dans ces eaux là, à revérifier par fact checking). et si on rajoute la marge et le transport, plus le marketing pour aider à faire gonfler un peu les prix, on comprend qu’on est loin des 500, 1000 ou 30 000 payés pour certaines bouteilles (j’ai vendu et goûté ces vins, et je suis toujours un être humain normal, comme vous, je ne me suis pas transformé en quelque chose de lumineux).

Payer la rareté? Non merci, laissons cela aux egos surdimensionnés.

Payer le vieillissement en bouteille dans des caves à l’hygrométrie parfaite? Je préfère boire un vin jeune et bourré de polyphénols bons pour la santé.

L’expérience gustative n’est pas remise ici en cause en ce qui concerne le caractère exceptionnel de certains vins. Mais cela reste du vin. Faites-moi confiance; Il n’y a rien d’autre qui dort dans ces bouteilles.

Maintenant, si vous souhaitez vraiment vivre une expérience de dégustation unique, ce n’est pas sur le prix de la bouteille qu’il faudra tabler : c’est sur votre attitude face au verre. Et ça, c’est avoir accès à la rareté. Quelle rareté? L’art de la dégustation.

Si cela vous intéresse, jetez un œil à ma description.

Et vous pouvez laisser les vins chers à la spéculation, ça fera au moins une personne qui ne participera pas à ce système prédateur. Et qui n’entretiendra pas des mythes et des légendes grotesques.

Votre question, derrière son apparente simplicité, est profonde.

Henri Jayer vous aurait regardé avec un oeil bienveillant. »