Tout commence à la terre. Activité microbienne, vibrations énergétiques, émergence de la vie. De la terre se modèle une forme de vie bien particulière : notre vie, l’histoire de la vie humaine. De l’eau, de la terre, du feu, de l’air, la conscience, c’est ce qui pétrit le corps humain, et façonne notre corps physique, solide, tangible. Au-dessus de nous, il y a le ciel, et le soleil, la pluie, pour nous nourrir.

Et entre les deux, il y a Bacchus. Demi-dieu, proche des hommes, dieu du vin. L’eau, la terre, le feu, l’air, la conscience, c’est ce qui pétrit le vin. Mi-homme mi-dieu, Bacchus a une fonction bien spécifique dans l’histoire et la vie des hommes : il joue le rôle de passeur.

Mais passeur entre quoi, d’où à où, de quel état à quel état? Tout simplement, de l’état terrestre à l’état divin. Alors, est-ce une ascension, au sens chrétien du terme? Est-ce une évolution de conscience, au sens plus spirituel? Est-ce un changement d’état physique, comme la chrysalide et le papillon? Ou tout simplement une manière de transcender la souffrance humaine et accéder à un état de paix intérieure…divin? Ces questions peuvent rester facilement sans réponse, tant l’aspect mystique et mythologique du vin est aujourd’hui laissé aux oubliettes. Il n’en reste que c’est bien le vin, le jus de la treille,  qui sert d’outil à cette figure mi-homme mi-bélier, pour amener l’être humain à un état différent de ce qui fait son expérience quotidienne..

photographer-2657633_1920Photo : Arcaion sur Pixabay

Bacchus le malicieux…

Nous pouvons tenter de comprendre ce qui, en nous, change et surtout a besoin de changer dans le temps et dans l’espace. Passage de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’état adulte. Quels sont les outils qui nous ont aidés à franchir ces étapes?Et cette dernière étape, l’état adulte, est-il un état vraiment acquis, acté par un simple changement physique, un nombre d’années noté sur un bout de papier plastifié, et qui finalement varie de pays en pays? 18 ans, 21 ans, 30 ans ou 80 ans, qui peut se dire vraiment adulte de façon claire et affirmée, sans se demander s’il n’y a pas des restes d’enfance et d’adolescence à transcender, comprendre, définir…élever?

Bacchus, sans jugement, nous propose une formule miracle, a double tranchants. À tous ceux, toutes celles qui s’estiment prêt(e)s à franchir la ligne de la contemplation de leur être véritable, de leurs facettes les plus sombres comme les plus lumineuses, s’offre une boisson bénie des dieux. Fût un temps ou le respect pour ce breuvage était tel que sa consommation était ritualisée, et des objectifs d’atteinte d’états spécifiques d’ivresse étaient imposé, dans un but autant individuel que social : nous faisons référence ici au symposium grec.

Aujourd’hui, le symposium s’est teinté de christianisme, et l’intention derrière l’acte de boire du vin semble plutôt s’être inconsciemment tournée, au fil des années, vers une tentative de se racheter de nos pêchers, voire de les oublier, en buvant le sang de celui qui l’a versé pour nous. Peu importe la complexité des comportements de consommation du vin aujourd’hui, que les raisons soient sociales, religieuses, médicales, conscientes ou inconscientes, il n’en reste que, de mémoire et d’expérience de sommelier, rares sont les fois où j’ai pu observer une personne buvant du vin dans le but de…s’élever.

Je crois que ceci est en partie dû à l’atmosphère d’individualisme et de capitalisme qui nous invite de façon quotidienne à oublier l’origine des choses et des phénomènes pour se concentrer sur comment acquérir de nouvelles possessions matérielles…ne possédant plus d’histoire. En ce sens, nous oublions tout à fait que les vignerons et vigneronnes, s’ils nous offrent aujourd’hui un « produit commercial » (smiley vomi), ont et ont toujours eu avant tout, et de façon très clair, un rôle de passeurs. Que ce soit de la terre au verre, ou de l’état humain à l’état divin, c’est ce qui caractérise la beauté et l’originalité de leur métier.

forrest-cavale-1738-unsplashPhoto : forrest-cavale sur Unsplash

Et finalement, ce Bacchus, nous le représentons dans nos imaginaires comme une seule et unique personne, mi-homme mi-bélier, mi-dieu, vaguement entouré de femmes plus ou moins nues et couvert de grappes de raisin, coupe à la main. Pourquoi pas?

Mais avons-nous déjà songé à se le représenter autrement? Pourquoi Bacchus ne serait-il pas plusieurs? Dans ce sens, j’entends plusieurs formes d’un même visage, plusieurs expressions d’un même corps, plusieurs facettes d’une même humanité? Représenté finalement plus par l’élan créateur du vin présent en tous les vignerons et vigneronnes, que par une personne physique bien spécifique?

Plusieurs être humains, avec les mêmes aspirations, tout simplement?

Et si, finalement, l’humanité n’était qu’Un?

 

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