J’ai lu un article intéressant d’un homme qui nous expliquait qu’à la naissance, nous prenons notre tout premier repas (le sein en général) les yeux fermés. Et qu’il fallait ensuite une vie pour apprendre à boire les yeux ouverts; J’ai fait des recherches sur internet et il n’apparaissait pas que les nourrissons tètent tous les yeux fermés, mais qu’importe : la métaphore me semblait inspirée.

Effectivement, il faut une vie pour apprendre à boire les yeux ouverts. Ou tout du moins l’apprentissage est long. Mais qu’entendons-nous par là? Et qu’est-ce qui prendrait tant de temps à nous permettre d’ouvrir les yeux lorsque nous buvons?

Ouvrir les yeux est entendu ici bien sûr dans le sens de s’éveiller, d’être conscient et présent à ce que nous faisons lorsque nous buvons. Et cela n’implique pas uniquement le simple fait de porter le verre à ses lèvres. S’éveiller, dans ce sens, revient à acquérir au cours de la vie une conscience éthique de tout ce qu’implique l’acte simple de boire. Et pour rester dans le sujet de ce blog, de boire du vin.

echo-yan-764426-unsplashPhoto by Echo Yan on Unsplash
Le lotus naît dans la boue. d’où naissent les buveurs et buveuses éveillés?

Si nous commençons par le lait maternel, nous en venons rapidement à l’eau, aux jus de fruits, et aux sodas par la suite. Le vin peut se greffer sur notre chemin à un moment donné de notre vie, et beaucoup d’entre nous choisissent de s’arrêter un peu plus longtemps sur cette boisson si attrayante et si remplie de mystères.

Une chose est certaine, même dans le milieu professionnel du vin, tout le monde ne boit pas les yeux ouverts, loin de là. Certains et certaines n’y arrivent jamais. Car cela demande du temps, et, surtout, un effort et une ouverture particulière qui implique bon nombre de remises en question et d’embûches qui peuvent freiner l’envie d’aller voir plus loin que l’immédiatement accessible.

Comment apprendre à ouvrir les yeux, et en l’occurrence pour rester dans le sujet de cet article, à boire les yeux ouverts?

Michel Collon, journaliste Belge qui, lui, a appris à s’éveiller à travers sont métier, nous explique que nous sommes tous des journalistes. C’est-à-dire que nous pouvons, et même nous devons tous prendre en main la bataille de l’information. Toujours selon lui, il n’existe pas de guerre sans manipulation des peuples. Et son constat au-delà de ceci est qu’il n’existe malheureusement pas dans notre monde actuel de mouvements anti-guerre à sa connaissance. Donc, faute de bouclier anti-manipulation, apprendre à boire les yeux ouverts, c’est d’abord commencer par se protéger. Et se protéger, c’est s’informer. Faire des constats. Et parmi ces constats, voir que le monde du vin n’est pas épargné par les vicissitudes des Hommes. Tant que nous ne seront pas tous suffisamment informés sur le sujet, des dérives ayant trait à la production du vin et à sa commercialisation continueront de voir le jour… Ce qui fait que nous sommes en guerre, une guerre d’intérêts.

Et la guerre du vin est bien réelle. Elle officie chaque jour. Tous les milieux politiques y sont représentés : la droite capitaliste à travers les grosses exploitations viticoles et leurs tonneaux de pesticides, l’extrême droite conservatrice à travers les châteaux du bordelais classés en 1855, le mouvement anarchiste à travers les vins naturels, les gauchistes avec le bio, les verts avec la biodynamie, les communistes à travers les AOP, et là encore je ne fais que dégrossir.

Le vin aujourd’hui est une affaire de politique et d’économie avant tout. Heureusement, certains irréductibles tiennent bon, et ne tombent dans aucun système : ils font du vin, c’est tout (bon ils ont le droit d’être anarchistes mais chut). Même si on ne les laisse pas vraiment faire. Ils/elles se reconnaîtront.

Alors, comment pouvons-nous en tant que buveurs/euses apporter notre grain au moulin, lorsque nous en avons marre de boire…la politique?

Je crois que le premier pas, et le plus important selon moi, commence par la compréhension. Savoir se mettre à la place du vigneron ou de la vigneronne qui fait son vin. Comment travaille-t-il/elle? Comment fait-il son vin? Quelles sont ses difficultés? Est-il/elle si différent de moi, qui travaille dans un milieu complètement différent? Sommes-nous finalement si loin l’un/l’une de l’autre?

heather-mount-612710-unsplashPhoto by Heather Mount on Unsplash
« L’amour véritable naît de la compréhension« .

Sans cette approche, comment ne pas tomber dans le jugement facile, et se laisser séduire par les vins bodybuildés, maquillés, faciles d’approche, sans défaut, sans…personnalité? Nous cautionnons certaines pratiques et ne comprenons pas l’impact de notre choix de vins car nous ne nous rendons pas compte de la violence qui habite ce milieu. Ou plutôt, nous en avons l’intuition, mais peu importe, tant que nous pouvons continuer à boire du vin qui nous ressemble : pourquoi alors nous soucier de ce qui se passe derrière la bouteille?

Boire du vin qui nous ressemble… C’est justement cette attitude qui va à l’encontre de la philosophie des vrais artisans du vin. Nous devrions au contraire chercher à boire des vins qui LEUR ressemble à eux, ces artisans, car ce sont eux qui grâce à leurs personnalités et à leurs convictions, nous transmettent le message du terroir. Et si nous sommes un minimum honnêtes avec nous-mêmes, il y a certains vins que nous ne pourrions pas choisir de boire. Tout simplement parce qu’ils ne représentent pas une approche fédératrice du monde du vin. Et par extension du monde tout court.

Comme des enfants gâtés, nous voulons boire des vins qui nous plaisent. Des vins qui ont « bon goût », sans savoir vraiment de quoi nous parlons. Notre slogan est toujours le même : tant que ce vin me plaît, je l’achète… Mais non. Ce n’est pas parce qu’un vin vous plaît que vous devez l’acheter. Ça vous choque? Tant mieux, car pendant que nous continuons à penser de cette façon, la guerre du vin continue, et malgré nous, nous participons à la violence des affrontements.

C’est la même chose qui se passe avec les légumes achetés en supermarché : un légume abîmé est un légume qui n’ira pas dans notre panier. C’est normal, nous avons été habitués à l’uniformité, au sans défauts, à la perfection d’aspect. Mais à quel prix? Tant que ça nous plaît, tout peut continuer de rouler?

Cette mentalité doit impérativement être remise en question si nous voulons accéder à plus d’authenticité, de qualité, de profondeur et de vrai. Sinon, la guerre du vin sera rapidement gagnée : par tous ceux et toutes celles qui privilégient leur palais et leur plaisir personnel, ou leur portefeuille et leurs intérêts, plutôt que le bien commun et…

…le vin commun.

Il n’est jamais trop tard pour commencer à boire les yeux ouverts. Mais en attendant, les personnes qui trinquent sont parfois celles qui ont le plus besoin d’être soutenues. Sans jeux de mots, ou presque.

 

Merci d’avoir lu jusqu’au bout.

 

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