Cette liane qu’est la vigne et qui nous fournit le jus de la treille que nous aimons tant, a une sœur cachée… ou plutôt une jumelle diabolique. L’Ayahuasca, appelée aussi « vigne de la petite mort » en Amazonie, est une liane, tout comme la vigne. Et pour le coup, plutôt que ses fruits, c’est son écorce qui intéresse les consommateurs de cette plante qui crée le vin de l’esprit.

Sa découverte et sa consommation ont commencé il y a environ 5000 ans, à peu près en même temps que le vin (qui a dit que nos ancêtres menaient tous une vie laborieuse et ennuyeuse? Les jeunes qui se droguent aujourd’hui en croyant être « swag » avec leurs drogues chimiques prises à la va-vite et sans rituel feraient bien de prendre exemple sur les vieux). Son surnom de « vin des morts« , ou mieux « vigne de la petite mort », n’a rien de glauque ou de morbide : la petite mort est un état de conscience  recherché par les pratiquants de nombreuses disciplines comme les yogistes, les pratiquants de certaines écoles de méditation, ou encore les chamanes, et qui revient à comprendre le fonctionnement de l’univers, de la nature réelle des choses et des phénomènes, et en ce sens précéder la mort et la transcender, en dépassant par la même occasion toute peur et croyance limitante et en atteignant un état de liberté intérieure totale : même Red Bull™ ne propose pas mieux.

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Exemple de jeune homme « swag » , dont la souffrance intérieure n’est que difficilement masquée par un regard plissé évoquant l’accès bien gardé à ses émotions de caïd. L’Ayahuasca le terrasserait sans lui laisser sa chance.

 

Le vin est, éthymologiquement et selon wikipédia :

vīnum \ˈwiː.num\ neutre

  1. Vin, liqueur tirée de différents fruits et en particulier de celui de la vigne.vīnum \ˈwiː.num\ neutre

Liqueur médicinale pour certains, le vin ne se cantonne pas uniquement au jus de raisin fermenté. C’est un concept, une idée, un mot qui englobe différentes approches d’une ou des boissons qui ont pour vocation de libérer le corps et l’esprit.

Vin de liane, vigne de l’âme, l’Ayahuasca qui fait partie des plantes médicinales amazoniennes, est utilisée en boisson pour ses effets hallucinatoires, purgatifs, analgésiques et dépuratifs, même si aujourd’hui elle est consommée principalement comme drogue. Hé oui, comme pour le vin (de raisin cette fois), on tend à ne plus voir que sa capacité à modifier nos états de conscience (oublier le monde et nos ennuis en fait), et on oublie son rôle d’allié du corps et de l’esprit, ainsi que sa dimension sacrée. On exige de voyager sans se soucier de la destination, et peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Pour ensuite aimer se lamenter sur nous-mêmes…

La dimension de rituel dans la consommation de boissons spécifiques a été partagée par le vin et l’ayahuasca  à travers les âges et les continents, jusqu’à aujourd’hui. Les Grecs pratiquaient le Symposion, moment dédié au vin encadré par des règles strictes (des amendes étaient données à ceux qui y dérogeaient), et pendant lequel on buvait une quantité de vin bien précise en écoutant des chants, de la poésie, et en jouant à des jeux de société. Le vin était coupé avec de l’eau pour atténuer ses effets.

L’ayahuasca, quant à lui, est consommé par les ayahuasqueros, chamanes de tous temps, lors de rituels tout aussi codifiés, où les chants sont aussi présents bien que plus gutturaux ou discrets. Mélangé au chacruna, qui contient du DMT (stupéfiant), le cocktail provoque des effets proches de ceux du LSD. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la vision de la maladie dans ces pays comme l’Amazonie ou le Pérou est traditionnellement différente de la nôtre (occidentaux « modernes ») qui avons une vision très scientifique de la réalité. Là-bas, la maladie est considérée (traditionnellement encore une fois) comme ayant une origine magique et étant provoquée par un sortilège. Boire l’ayahuasca est donc une pratique liée à une forme de médecine propre à ces peuples, et le rituel est indispensable pour préserver la santé physique et mentale de la personne. Ce qui est intéressant, c’est qu’un tourisme « spirituel » s’est construit sur ces « voyages hallucinogènes », prisés par des occidentaux en recherche de spiritualité. Or, la thérapie chamanique a justement pour but de permettre à ces personnes embrigadées dans un mode de vie moderne, de déconstruire leur vision cartésienne du monde et de la réalité (racine de leur mal-être) en leur permettant d’accéder à la magie, au-delà du rationnel, et par là même d’équilibrer leur être profond, en le reconnectant à sa source.

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Le but de cet article, finalement, est bien de montrer les différentes formes d’usage que peuvent entraîner certaines boissons (ici le vin des morts et le vin des dieux), et comment le lien avec leur dimension sacrée peut continuer à être maintenu au-delà des nouvelles formes de civilisations qui se construisent et se mettent en place chaque jour. Garder à l’esprit que nous ne maîtrisons et ne comprenons pas tout, surtout en ce qui concerne la dimension spirituelle de choses comme la boisson et la nourriture, peut aider à appréhender ces derniers (et en l’occurrence le vin, car c’est le sujet de ce blog) de façon plus respectueuse, moins centrée sur nous-mêmes, plus humble et curieuse aussi.

Si c’est un cadeau des Dieux, honorons le comme il se doit. Jusqu’à preuve du contraire, le vin est seulement guidé et accompagné par l’Homme, de la vigne au verre. Son origine, elle, reste mystérieuse et globalement incomprise…

… Peut-être magique?