Connaisseur, amateur, passionné, professionnel, spécialiste ou technicien. Tous ces niveaux sont des étapes sur le chemin de la connaissance de ce breuvage si riche et complexe, d’aucun diraient mystérieux, qu’est le vin. Accessibles, ces étapes sont franchies en quelques années par les personnes passionnées par ce produit, moyennant un certain investissement de temps,d’argent, et des choix de vie spécifiques.

Expert, maître. Ce niveau semble déjà plus lointain. Plus difficile d’accès. Qu’est-ce qui différencie ces termes de la liste citée précédemment? Nous allons tenter de faire une liste des critères qui permettent de se situer sur notre parcours par rapport à ce que peut englober ce statut d’expert en vins.

Dans un premier temps, nous pouvons dire que nous devenons expert à partir du moment où nous pouvons ressentir l’intention du vigneron derrière le vin que nous goûtons. C’est-à-dire que nous sommes en mesure de comprendre à quel point le/la vigneron/ne est intervenu dans la production de son vin, à quel point il a tenté de forcer un goût bien défini dans sa tête, ou au contraire à quel point il/elle a su s’efface pour laisser s’exprimer le terroir, la nature, le vin en lui-même. Certains vins sont uniquement des produits issus de l’industrie du vin : tanins en poudre, copeaux de bois, levures sélectionnées et autres ingrédients permettent de façonner un vin à volonté. Tandis qu’à côté de cela, dans d’autres vins nous ressentons pleinement que le vigneron a su s’effacer au moment où ses compétences de guide ne lui permettaient plus d’aller plus loin, et il a alors su laisser la nature prendre le relais et s’exprimer à travers son vin.

karsten-wurth-inf1783-98124-unsplashPhoto by Karsten wurt on Unsplash

Nous devenons experts aussi lorsque le goût du vin n’a plus vraiment de mystère pour nous : nous savons à quoi nous attendre lorsque nous dégustons tel ou tel cru, et nous avons aussi déjà connu l’ennui lors de sessions de dégustation ou les vins n’avaient pas de personnalité suffisante pour nous faire voyager au-delà du simple exercice d’évaluation des critères de qualité. Mais, nous savons aussi rester surpris par l’expression du terroir, par une technique de vinification parfaitement maîtrisée ou tout simplement par un millésime spécifique aux qualités uniques. Cette capacité à connaître, reconnaître, anticiper, tout en gardant la possibilité d’émerveillement s’acquiert après de longues années de pratique.

Mais ce n’est pas tout : s’ajoute à cela la capacité de comprendre les difficultés et les obstacles rencontrés lors de la production du vin. Comprendre le savoir-faire requis,  l’histoire, et ce qui a amené le vin à être ce qu’il est aujourd’hui, remis dans le contexte actuel avec le bagage culturel qu’il a emporté avec lui. Aussi, être capable d’envisager l’avenir du vin et de l’apprécier tel qu’il est dans le présent, en sachant appréhender la notion de terroir qui est bien sûr indispensable pour comprendre ce que le vin peut avoir à exprimer ou au contraire ce qu’il peut masquer ou ce qu’il peut dissimuler.

Enfin, avoir un avis sur les nombreux domaines dans lequel le vin est impliqué de près ou de loin comme l’économie, la politique, la musique ou encore l’agriculture et l’écologie, pour ne citer que quelques exemples, est indispensable pour pouvoir remettre le vin dans un contexte globale et pouvoir s’exprimer sur les nombreuses dimensions que ce breuvage implique, de façon plus ou moins évidente.

Puis, il ne faut pas l’oublier, une bonne dose d’humilité, car comprendre le vin est un cheminement toujours en construction, en renouvellement, et c’est par la même occasion une voie en elle-même, dans le sens où la recherche ne se situe pas uniquement au niveau du breuvage à proprement parler, mais bien au niveau de la relation d’interdépendance entre soi et l’objet de notre passion, puis avec le monde réel, et tout ce que cela implique.

Et enfin, comme dit le dicton, « c’est à partir du moment où nous pouvons transmettre et enseigner, que nous commençons vraiment à apprendre ». Et cette dimension de transmission inhérente au statut d’expert en vin, l’est aussi à tous les domaines qui demandent un investissement personnel, des choix difficiles, et une implication de son être dans la recherche d’un idéal de maîtrise, de savoir-faire et de savoir-être.